Second Life, figure emblématique des univers virtuels. Encensé par les médias, décrié par d’autres (dont moi et de nombreuses autres personnes dans les commentaires de ce billet : Pourquoi je ne crois plus en Second Life). Son potentiel est proportionnel à ses lacunes mais l’univers de Second Life évolue : implémentation prochaine de la voix pour remplacer le système de chat, présence notable de nombreux géants de l’informatique (IBM, Sun, Dell, Microsoft…) qui pourraient bien aider à sa mutation (ex. le projet de mainframes dédiés aux univers virtuels).
C’est dans ce contexte que je vous propose de lire cet article intéressant sur une hypothétique itération : Towards Second Life 2.0. Outre les limitations technologiques (montée en charge, faiblesse du moteur 3D…), l’auteur s’interroge sur les composantes faisant défaut à Second Life. Il prend comme référence le modèle social et collaboratif du web 2.0. Et je suis bien d’accord avec lui !
Que manque-t-il à Second Life ?
1/ Une réelle dimension sociale avec des outils communautaires et de réseautage social. L’auteur considère ainsi que World Of Warcraft n’est pas tant un MMORPG qu’un réseau social gigantesque où il est possible de compléter des quêtes et de farcir des dragons. En ce sens, il rejoint l’avis d’Elisabeth Lane Lawley que j’ai eu l’occasion d’écouter au Webcom de Montréal. Force est de constater que les résidents de Second Life sociabilisent assez peu (combien d’avatars renseignent l’onglet 1st Life
de leur profil ?). Peut-être manque-t-il un Warcraft Social Networks à Second Life ?
De même, les environnements de collaboration sont inexistants. Ceux qui souhaitent animer une communauté ou faire des affaires au sein d’une place de marché (ou l’équivalent) doivent s’en remettre à des outils externes (blog, wiki, groups, SLBoutique…). N’y aurait-il pas une possibilité de les intégrer de façon élégante ? Après tout, il est bien possible de consulter un site web dans Virtual Laguna Beach !
2/ Plus d’ouverture vers les standards technologiques actuels. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le parcours très difficile du nouveau venu dans Second Life (il faut entre 20 et 30 minutes pour s’immerger dans l’univers). Pourquoi ne pas simplifier la création d’un compte et faire de la délégation d’authentification via OpenID ? Cela permettrait de raccourcir le processus (et il en aurait bien besoin !).
De même, ne pensez-vous pas qu’il serait intéressant de proposer un ensemble d’API pour pouvoir réaliser un certain nombre de tâches depuis l’extérieur (consulter le solde de crédits, gérer son inventaire…) ou interagir avec des applications externes (exporter son avatar à la manière des Yahoo! Avatars, communiquer depuis ou vers son compte de messagerie instantanée, son mobile ou même Twitter…).
3/ Plus de garanties et surtout les moyens de maîtriser son image. Si les marques sont si réticentes à sauter le pas, c’est très certainement parce qu’elles ont peur de ne pas pouvoir maîtriser leur présence dans cet univers : face aux nombreux ralentissements et opérations de maintenance de l’éditeur (qui nuisent à la qualité de service) ; face à la difficulté de trouver du personnel fiable et bon marché ; face aux problèmes de vandalisme et d’escroqueries (arnaques, contrefaçons, virtual-squatting…) ; face au vides juridiques (quid de la notion de propriété ?) et fiscaux (quid des bénéfices engendrés ?).
Lien de moi l’idée de vouloir tout règlementer dans un univers qui doit son succès à sa très (trop ?) grande liberté, mais au vue des tarifs pratiqués pour pouvoir s’implanter, les annonceurs sont en droit d’exiger des garanties. Et l’éditeur (Linden Lab) a bien du mal à les fournir.
Conclusion
Ce ne sont là que des pistes de réflexion, et il en existe surement de nombreuses autres. Rassurez-vous, je ne suis pas en train de vous expliquer que Second Life va disparaitre, cet univers continuera certainement à passionner de nombreux fans. Le message que je souhaite faire passer est plutôt le suivant : si Second Life souhaite garder les faveurs du public, des médias et des annonceurs, l’univers doit impérativement évoluer (et évoluer au plus vite).
Alors bien évidement vous pourriez me répondre que Second Life n’a pas besoin des grandes marques pour continuer à exister et que ses nombreux résidents seront toujours là pour assurer sa croissance et que dans 5 ans, 80 % des internautes seront des utilisateurs des univers virtuels. Oui, vous pouvez continuer à vous mentir. Mais par expérience je connais la nature volatile des internautes et je peux vous assurer que leur patience à des limites.
Les sucess stories éclairs comme celles de Second Life attirent de nombreux opportunistes qui rêvent de lui voler la vedette : start-up ambitieuses (comme Entropia Universe) ou plutôt discrètes mais extrêmement lucratives (comme Habbo Hotel), géant des médias (comme Sony Home) ou des jouets (comme Barbie Girls)… la liste est longue, et les enjeux colossaux. Si Second Life ne corrige pas au plus vite ses lacunes, les utilisateurs et annonceurs pourraient bien vite se reporter sur d’autres univers virtuels plus prometteurs.
(!) Article initialement publié sur FredCavazza.net
1 commentaire pour “Vers un Second Life 2.0 ?”
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